Avant-propos

C’est en découvrant une lettre que George Sand a adressée à son ami et confident Sainte-Beuve en mars 1833, dans laquelle elle refusait de rencontrer un certain Alfred de Musset - dont la réputation était déplorable - et préférait la compagnie d’un Dumas en l’art de qui elle trouvait « de l’âme, abstraction faite de talent », que me vint cette fascination pour cette femme remarquable de talent et de caractère qui sélectionnait ses convives comme on « caste » les candidats d’une émission de télé-crochet.

Leur rencontre a eu lieu malgré les réticences de George parce qu’il en est ainsi avec le destin et celle qui craignait tant d’être insensible, stérile et maudite en amour connaîtra la passion dans les bras du poète exalté, qui vivra là son premier grand amour : « Moi, je n’ai à faire que de t’aimer. »

La correspondance qu’ils échangeront durant deux ans témoigne de cet amour incommensurable mais dévastateur qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre à tel point que la séparation, quoique salvatrice, était inenvisageable.

Leur relation était à leur image : intense, passionnée, dévorante. Les lettres de leur voyage à Venise, dont ils garderont des séquelles à vie, ont tenu en haleine leurs lecteurs et alimenté tous les ragots et les mesquineries à Paris. Après leur mort, le public avide de détails croustillants continuera de chercher les explications d’un tel échec sentimental qui fut pour nous un trésor littéraire.

En lisant l’intégralité de ces lettres, j’ai éprouvé l’urgence de raconter toute leur histoire et le besoin de rendre la parole aux amoureux qui avaient tous deux à cœur de laisser à la postérité le souvenir d’un amour profond et sincère et non l’image d’un ersatz de caprice si fréquent au XIX siècle.

Spectateurs, lecteurs, aficionados de cette magnifique histoire entre ces deux êtres sublimes, vous trouverez dans cette pièce de théâtre l’influence de leur roman : « Elle et lui » pour George et « La Confession d’un enfant du siècle » pour Alfred dont je me suis inspirée pour rester fidèle à leurs sentiments.

Je me souviens du sujet au bac de philosophie en 1997 : « Toute passion est-elle déraisonnable ? » Je regrette à ce moment-là de ne pas avoir lu votre correspondance, George et Alfred. J’aurais écrit en conclusion : quand on reçoit, en héritage de cette passion, vos lettres inestimables, on est en droit de répondre qu’aussi déraisonnable soit-elle, elle vaut la peine d’être vécue et d’y succomber.

Sylvie Gilles